vendredi 6 novembre 2009

Une réforme pour le réseau culturel à l'étranger qui reste à faire


Cher tous,

L’annonce faite par le ministre Kouchner de création d’une agence culturelle sous forme d’établissement industriel et commercial ressemble malheureusement a une réforme « Canada dry », elle en a la couleur, mais n’en est qu’un pale ersatz.

N’ayons pas peur de l’affirmer clairement : la réforme du réseau culturel reste toujours à faire.


Je voudrais ici développer des réflexions politiques personnelles à la lumière de mon exercice professionnel au service du réseau culturel à l’étranger, et également en tant que représentant syndical des personnels du réseau (pour l’UNSA Education)

il m’apparaît que c’est un profond sentiment de désenchantement, ou même l’impression d’avoir été floué d’une réforme nécessaire, qui domine aujourd’hui chez les personnels exerçant dans ce réseau, qu’ils soient diplomate de carrière, fonctionnaires détachés, contractuels issus du monde culturel francophone ou recrutés sur place.

Les usagers ne se rendent pas réellement compte de nos tourments institutionnels. Nos subtilités « franco-française » de gestion publique leur échappent souvent, ou même les font doucement sourire.

Par contre, ils peuvent constater tous les jours, la hausse des tarifs de cours de français, les difficultés de fonctionnement quotidien d’établissements culturels qu’ils perçoivent comme en déclin faute de soutien de l’Etat français. Ils déplorent, comme nous le faisons, les fermetures nombreuses de centres culturels en Europe et s’inquiètent de voir le réseau des alliances françaises sous doté en moyens publics.

La réalité de notre réseau à l’abandon ne leur échappe donc pas.


Désenchantés, les personnels du réseau culturel le demeurent :


Car la principale réforme attendue était celle des moyens publics et que le ministre Kouchner ne donne aucune garantie ou ne fait aucune annonce réelle sur ce point crucial (les 40 millions évoqués sont un artifice comptable, ce point a déjà été évoqué en début d’année 2009, ce n’est en rien des ressources publiques nouvelles).

Déjà en 2001, le rapport du sénateur Dauge insistait sur le besoin d’un plan d’urgence budgétaire.

Huit ans plus tard, les vagues répétées d’économies imposées par Bercy au ministère des affaires étrangères ont profondément paupérisé ce réseau culturel d’autant que les arbitrages financiers au Quai d’Orsay lui sont généralement systématiquement défavorables (le Quai, faisant du réseau culturel sa variable d’ajustement budgétaire)

« Sur le problème des moyens, le ministre s’en tient à des annonces sans crédibilité : derrière un discours incantatoire de renforcement du réseau, la réalité financière est celle d’un effondrement sans précédent des crédits budgétaires (-10% en 2007 ; -10% en 2008 ; -20% en 2009) qui ont fait perdre en 3 ans au réseau presque la moitié de ses moyens d’actions » comme le rappelle Helene Conway.

Les syndicats du MAE, en un front unanime (CFDT, UNSA, FO, CGT, FSU, USASC) ont refusé la logique de démantèlement de l’Etat inscrite dans le dépouillement des moyens publics du réseau et accélérée par une gestion industrielle et commerciale de la Culture. Le ministre semble ne pas les avoir entendus.

Les personnels du réseau culturel et diplomatique, consultés en septembre par l’administration du Quai d’Orsay, se sont abstenus de répondre aux questionnaires sur la réforme qui leur était remis - moins de 5% des agents ayant répondu – 95% des personnels ont donc voté « avec leurs pieds », et se sont abstenus sur ce simulacre de concertation.

Une réalité : Le réseau culturel est en voie de commercialisation culturelle avancée :

La piste de création d’ un établissement public administratif, évoquée en 2001 par le rapport Dauge, soutenue de longue date par l’ADFE ou la FFE, et reprise dans le programme de la candidate des socialistes Ségolène Royal, visait à continuer à gérer ce réseau dans un cadre public rénové et renforcé. Le gouvernement Sarkozy a décidé d’emprunter une autre voie de réforme, celle de la privatisation des moyens et des modes de gestion :

Rappelons, qu’ historiquement, l’ambition de ce réseau, qui a plus d’un siècle d’existence, est de faire du rayonnement culturel à l’étranger un élément de diplomatie pour participer, au 21ème siècle, au combat pour la diversité culturelle et contre l’uniformisation des cultures. Tant historiquement que de manière plus contemporaine, ces missions sont donc régaliennes et font partie du cœur des politiques d’actions publiques de l’Etat.

Cette ambition culturelle aurait donc du se traduire en terme de gestion publique, une gestion ayant vocation à être mieux paramétrée dans le cadre d’un établissement public « sanctuarisant » la gestion des moyens humains et financiers des établissements culturels à l’étranger ; L’Etat restant le stratège, via la tutelle du ministère des affaires étrangères, l’agence devenant la courroie de transmission publique pour l’action et la gestion des moyens à l’étranger.

Or, l’annonce faite par le ministre de création d’un établissement public industriel et commercial vient acter une logique de privatisation progressive des moyens et des modes de gestion du réseau déjà en œuvre depuis plusieurs années :

Aujourd’hui, dans la zone OCDE, ce sont les usagers du réseau culturel, et en particulier les apprenants qui suivent des cours de français en institut ou en Alliance, qui payent principalement le cout de fonctionnement culturel du réseau à l’étranger. C’est un tabou institutionnel que peu de décideurs publics veulent admettre car cette réalité se base sur « un non dit » de gestion.

En effet, en diminuant les subventions publiques, « l’autofinancement » des instituts culturels est désormais d’environ 56% dans les pays développés.

Cela signifie en clair, qu’en vendant principalement des cours de français, et dans une moindre mesure en levant des fonds de mécénat auprès d’entreprises françaises ou étrangères, les établissements culturels assurent le financement d’activités culturelles en comblant le manque de subvention publique.

La logique n’est pas mauvaise en soit. J’y vois même personnellement un succès important d’un réseau qui a su s’adapter à la mixité de financement des politiques culturelles à l’heure de l’affirmation de puissance des industries culturelles.

Mais cette logique devient pernicieuse et dangereuse pour la survie du réseau, bassement commerciale si j’ose dire, quand c’est la raréfaction des ressources publiques qui fait office de politique, quand la privatisation se fait à marche forcée, sans s’appuyer sur un cap stratégique, quand les objectifs de « rentabilité » deviennent impossibles à supporter, quand c’est de la fermeture des centres culturels européens qu’on fait dépendre l’ouverture de centres culturels en Asie, quand la RGPP devient une idéologie, celle de la Raréfaction Générale des Politiques (et moyens) Publics :

En 2012, l’objectif est de 60% d’autofinancement pour tout le réseau culturel. Combien de centres culturels français en Afrique pourront survivre à cette marche forcée de gestion ? Combien de centres culturels français en Europe devront fermer pour ne pas pouvoir suivre le pas ?

Certains décideurs du ministère murmurent tout bas que l’objectif à terme est bel et bien de 100% d’autofinancement.

Finalement, ce qu’on nous promet ici, c’est une gestion « Euro Disney » de la « marque culturelle » française, la logique du divertissement culturel comme cap stratégique, le raisonnement du « business spectacle » comme ambition des industries culturelles dominantes auprès desquels nos établissements culturels feront figure de gadgets. La soupe culturelle pour tous en quelque sorte, même insipide et indigeste.

Il y a là une logique de fuite en avant vers des performances que les plus efficaces des institutions culturelles en France ne peuvent atteindre (que l’on regarde le taux d’autofinancement du musée du Louvre ou d’Orsay pour s’en convaincre, ils sont inférieurs à 50%, malgré les projets de développement ouverts par le Louvre des sables d’Abou Dhabi).

La création de l’EPIC (établissement public industriel et commercial) dans ce contexte est un cadeau empoisonné fait à Culture France, et une manœuvre de démantèlement poussé de l’Etat dans un contexte d’austérité budgétaire gouvernementale.

La grogne sociale des personnels de Culture France doit être un signal d’alerte : la réforme Kouchner n’est pas l’Austerlitz de l’action culturelle qu’on voudrait nous vendre, mais bien un Waterloo institutionnel.

Et demain ?

Le projet de loi sur l’action culturelle extérieure sera bientôt discuté par les parlementaires : déposé sur le bureau du Sénat fin juillet et inspiré par la plume libérale des Sénateurs Gouteyron et Duvernois, partisans bons teints du moins d’Etat pour la gestion de la Culture, il devra faire l’objet d’un tir de barrage nourri des parlementaires de gauche.

Il ne faut pas en effet se tromper d’adversaire : On peut évidemment, avec un peu de facilité intellectuelle, stigmatiser l’attitude de certains hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay qui continuent à voir la diplomatie culturelle comme une « danseuse », un « hobby », ou « une cerise sur le gâteau » ( pour reprendre l’expression d’un camarade Sénateur) et les agents du réseau culturel comme des prébendiers hostiles à toute réforme ou tout effort d’adaptation.

Or, Les agents du réseau culturel, agents publics ou agents de recrutement local, ne sont pas hostiles au principe de la modernisation du réseau culturel : Depuis la réforme institutionnelle de 1999, ils ont réussi, dans un climat d'austérité budgétaire croissant, à relever certains défis grâce à leur engagement professionnel et à leur sens de l'adaptation :

la transformation institutionnelle de la DGCID (direction générale de la coopération) en DGM (direction générale de la mondialisation), l'augmentation croissante du taux d'autofinancement des activités culturelles et linguistiques dans les instituts, la montée en puissance du mécénat local, la diversification des activités culturelles pour le rayonnement français à l'international, l'adaptation permanente de l'offre linguistique aux besoins nouveaux des publics étrangers, sont à mettre à leur actif.

Les conservateurs aujourd’hui sont bels et bien ceux qui se précipitent vers le mirage de la culture gérée comme un fond de commerce, qui refusent d’opérer des réformes publiques dotées de moyens budgétaires conséquents et qui participent au démantèlement de l’Etat, sans pour autant assumer ce choix idéologique devant l’opinion publique, en faisant de la Culture une seule entreprise industrielle sans ambition humaine.

Boris

Varsovie

mercredi 28 octobre 2009

Pourquoi le PS n'est pas un parti social démocrate




J’ai cherché à savoir si le PS était un parti social démocrate ou pas. La question est récurrente sur les forums de discussion du PS et, depuis un ouvrage célèbre de Rosa Luxembourg, la crise de la social démocratie est régulièrement évoquée chaque fois que les partis de gauche subissent un revers électoral, comme ce fut le cas lors des dernières élections européennes.

Pour trancher cette question, il faut se référer à l’histoire du mouvement socialiste et aux formes d’organisation propre à un parti social démocrate.

Historiquement, à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, moment où s’affermissent les distinctions dans le mouvement socialiste international, un parti est considéré comme social démocrate quand il se situe dans une optique socialiste de transformation sociale qui passe par le réformisme et le parlementarisme (c’est donc un parti qui accepte de se présenter aux élections et d’avoir des parlementaires ; l’ancêtre du SPD allemand présente des candidats aux élections parlementaire dès 1871 ).

A l’origine, la Social démocratie se distingue donc du marxisme qui se situe dans une optique révolutionnaire de changement social.

Ensuite, dans le courant du 20ème siècle c’est la référence à l’économie de marché qui, après la référence au marxisme révolutionnaire, devient la ligne de partage entre partis socialistes et partis sociaux démocrates. Le SPD a ainsi accepté l’économie de marché dès 1959 au congrès de Bad Godesberg. En France, la référence à la révolution est abandonnée et la conversion à l’économie de marché se fait seulement en 1983, sous la pression des circonstances économiques de l’époque plus que par choix idéologique clair (ce qui pose pb jusqu’à aujourd’hui en terme d’identité...).

Historiquement, le PS n’est donc pas un parti social démocrate même si depuis 1983 il en prend l’allure.

Cependant, une distinction formelle et institutionnelle subsiste, qui empêche de définitivement classer le PS dans le champ des partis sociaux démocrate.

En effet, un parti social démocrate unit étroitement militantisme social et militantisme politique en son sein, afin de faire progresser dans un même combat, la démocratie sociale, c'est-à-dire le progrès social dans le monde du travail, et la démocratie politique, c'est-à-dire le progrès politique au sens le plus large.

Or, en France, et ce depuis la charte d’Amiens de 1906, l’indépendance syndicale prévaut par rapport aux partis politiques, et si le PS compte des militants syndicaux dans ses troupes, s’il encourage la double adhésion, il n’accorde en revanche aucune place institutionnelle particulière dans ses instances de direction, locales ou nationales, aux responsables syndicaux.

En ce sens, le PS n’est pas un parti social démocrate, à la différence du SPD qui accorde une place majeure aux syndicats dans ses structures et s’appuie notamment sur la négociation entre partenaires sociaux et les conventions collectives pour transformer l’économie sociale. En France, la loi est nettement préférée comme instrument de transformation sociale, les conventions collectives ne venant souvent qu’en complément ou appui.

Conclusion : si le PS, depuis 1983, a rallié l’économie de marché et peut sembler s’orienter sur un chemin social démocrate, son histoire, ses références aux marxismes qui demeurent, et son mode de direction, indépendant des syndicats, le font demeurer comme un parti socialiste qui se cherche une identité.

Amitiés socialistes

Boris

mardi 27 octobre 2009

Mutilatéralisme ou bilatéralisme avec les candidats à l'UE ?

Aujourd'hui je réponds à une camarade de Turquie qui fait part de la visite de Pierre Moscovici en Turquie...



Je retiens de l’article de Pierre Moscovici, l’analyse sur « la fatigue de l’adhésion » ressentie par les Turcs qui relativisent progressivement l’intérêt de rejoindre l’UE… Cette analyse rejoint les impressions de JY Leconte sur la perte d’envie ressentie également en Ukraine ou dans une moindre mesure dans les Balkans

Nous sommes donc à un tournant de l’histoire de notre communauté, c’est évident ;

La question fondamentale pour franchir cette étape historique sera bel et bien :

L’UE doit elle rester le moteur des adhésions et de l’élargissement, en (re-) définissant clairement les conditionnalités d’entrée pour tous (les critères actuels de Copenhague semblant trop extensif ou flous), ou est ce aux pays candidats d’être le moteur principal à l’adhésion à l’UE par leur volontarisme politique qui forcerait l’UE à prendre position plus nettement sur leur entrée, au cas par cas ?



Premier scénario donc, celui de la relance de l’élargissement, une approche davantage multilatérale et partagée à 27 qui devrait s’accomplir sur la base d’une feuille de route globale pour tous les nouveaux entrants potentiels.

Dans l’autre scénario, une approche plus « bilatérale » (négociation UE-Etat) et certainement plus technique, négociée au cas par cas. En fait, l’approche actuelle, celle qui conduit à l’enlisement des négociations et au désenchantement des candidats.

Je plaide donc plus nettement pour l’option 1, celle d’un « deal global » de négociation avec tous les pays candidats pour ne pas isoler la Turquie dans « le cas spécial » cher à Nicolas Sarkozy ; Même si cela ressemble un peu à une option improbable, puisqu’elle supposerait de dégager une position politique commune à 27. Mais on ne fait pas de la politique avec des probabilités mais bel et bien avec des certitudes et des convictions.

Amitiés

Boris

Varsovie

vendredi 16 octobre 2009

Qui à peur de la Turquie ?


Chers tous,

C’est l’absence d’une vision politique commune mobilisatrice qui a abouti aux atermoiements sur l’intégration de la Turquie à l’UE.

Faute d’avoir défini ensemble ce qu’est l’Europe - un marché unique dans une zone économiquement stable ? Une machine à subventionner se basant sur la solidarité entre pays ? Un rassemblement de peuples partageant un héritage culturel commun démocratique ? Une construction supranationale basée sur l’abandon de souveraineté dans certains domaines ? Une communauté de nations pacifiques ? Un ensemble de pays partageant une géographie commune ? - et donc ce qui pourrait être sa destinée, nous avons aujourd’hui bien du mal à justifier un refus ou une mise en attente de l’intégration de la Turquie qui frappe à notre porte depuis maintenant 46 ans (sa candidature officielle a été posée en 1963).

L’intégration, en deux phases, de 12 pays d’Europe centrale et orientale, a constitué une occasion historique ratée de définir une vision politique commune, et de préciser une position européenne claire vis-à-vis de tous les nouveaux entrants potentiels.

Politiquement, faire de la Turquie un cas particulier aujourd’hui, n’a pas de sens alors que les candidatures à l’entrée sont nombreuses, qu’elles soient officiellement formulées (Macédoine, Croatie, Turquie, Islande), potentielles (Albanie, Bosnie, Serbie, Montenegro), ou perceptibles à échéance (Ukraine, Géorgie).

Il faut donc un traitement global de la question de la destinée de l’Europe sur un plan stratégique et institutionnel et ce sont aux européens de trancher en précisant une bonne fois pour toute les critères d’entrée en les priorisant. Ce traitement de la destinée de l’Europe est urgente car la vision la plus claire de la destinée de l’Europe aujourd’hui est…américaine.

Pour les USA, l’UE doit être une union vaste de pays formant une zone d’endiguement à la puissance Russe. Tous les pays membres de l’OTAN ont donc vocation à intégrer cet ensemble, et le discours d’Obama à Istanbul exprimant le souhait de voir la Turquie intégrer l’UE, est donc cohérent avec cette vision politique stratégique.

Si les Européens choisissent une vision a minima de l’Europe comme marché et zone de stabilité économique, la Turquie a évidemment toute sa place en Europe. Son PIB / H, de l’ordre de 9400 Dollars (2007), est proche de celui de la Bulgarie et de la Roumanie et 3 à 4 fois supérieur à celui de la Serbie et du Monténégro. Le vaste marché turc de 76 millions d’habitants offrirait une zone de débouchés importante dans une logique de marché unique. Les marchés représentés par les pays des Balkans sont en ce sens nettement moins importants étant donnés le nombre d’habitants-consommateurs total (une petite quinzaine de millions d’habitants dont 10 pour la Serbie Monténégro).


Sur un plan institutionnel, la Turquie est à ranger dans le champ des démocraties : Si l’on considère la démocratie en tant que mode de désignation libre des gouvernants par le peuple, La Turquie est une République, elle élit ses représentants lors d’élections au suffrage universel, elle possède une constitution dont l’application est garantie par une cour constitutionnelle. Si l’on considère la démocratie maintenant comme mode de gouvernement, La Turquie est une démocratie imparfaite, où les droits de l’homme sont régulièrement bafoués, où l’armée et la police provoquent de nombreux abus, mais où une certaine forme de stabilité politique règne (alternance au pouvoir relativement pacifiée). Peut-on dire à cet égard que la situation en Turquie est pire qu’en Géorgie ou en Serbie ? Je ne suis pas certain que la Démocratie y soit franchement plus mal traitée. La Turquie est une République laïque depuis 1923, et est un laboratoire pour le multiculturalisme religieux et social du fait de la mosaïque de peuples et de religions qui la compose.

Sur le plan de la Géographie et de l’Histoire, la Turquie a une appartenance discutable à l’Europe. Sa situation continentale euro-asiatique, l’influence importante dans son histoire de l’Empire Ottoman seraient de nature à l’exclure du champ européen. Bien entendu, l’histoire de l’Empire Chrétien de Constantinople, les relations fortes sur un plan diplomatique entre « la sublime porte » et certaines nations européennes (en particulier la France) en font une nation européenne sensiblement plus liée à l’Europe des 27 que la Géorgie par exemple. Par ailleurs, peut-on opposer l’expérience ottomane en Turquie pour barrer la route à l’intégration dans l’UE et ne pas la soulever dans le cas des Balkans qui ont été sous influence Ottomane durant plusieurs siècles ?

Il ne faut donc pas avoir peur de la Turquie. Il serait insensé, sauf à tomber dans des considérations irrationnelles, de craindre plus la Turquie que la Géorgie ou la Serbie, comme pays futur pays membre de l’Union Européenne.

Définissons qui nous sommes en tant que membres de l’UE à 27 et nous saurons demain un peu mieux qui nous voulons être et qui nous voulons accueillir.

A titre personnel je n’ai d’ailleurs nullement tranché politiquement ma position sur la Turquie, tant que nous ne trancherons pas non plus notre position commune à l’égard des autres pays candidats.

Amitiés

Boris

Varsovie

lundi 12 octobre 2009

Hamon, Thailande et réprobation morale


Bonjour,

Les propos de Benoit Hamon su la Thailande sont maladroits et ont été faits à contre tempo, en donnant l’impression de suivre le front national sur la pente savonneuse de l’injure. Mais tout le monde à droit à l’erreur, même quand on porte la parole commune des socialistes.

Il faut donc se garder à notre tour d’entretenir cette polémique, déjà éteinte ;


Car utiliser de son temps et de son énergie pour des réactions de réprobations morales, fussent elles sincères, ne fera jamais reculer la prostitution en Thaïlande ni l’exploitation dans le monde.

Je ne suis pas certain non plus que de chercher à tancer Benoit Hamon conduira forcément à une meilleure maitrise des propos publics des responsables nationaux du PS : nous sommes dans une démocratie médiatique et une phrase maladroite d’un responsable politique, phrase reprise en cœur par tous les journalistes par effet de psittacisme , peut détruire ou obérer les engagements et les combats politiques de toute une vie, en un instant : Benoit Hamon a toujours lutté, aux MJS ou au PS, contre l’exploitation sous toutes ses formes. L’exploitation sexuelle en est une, indéniablement. Il est également clairement internationaliste, et en ce sens, a toujours su dénoncer les généralisations abusives ou les stéréotypes culturels qui peuvent exister sur tel pays ou tel peuple.

Sur le fond, Annie Fratoni, une camarade socialiste qui vit en Thaïlande, nous livre sur le forum un témoignage lucide et digne sur la prostitution à Bangkok, une prostitution banalisée et visiblement tolérée par tout le monde, profitant tant aux étrangers qu’aux thaïlandais, dans un pays qui reste une destination sexuelle, malgré les efforts du gouvernement : « Des bars glauques de Bangkok ou Pattaya aux rencontres plus aléatoires sur îles touristiques comme la mienne la destination Thaïlande est, je pense, motivée à 50% par le sexe »

Effectivement, le tourisme en Thaïlande n’est pas « essentiellement » motivé par la prostitution. Le pays est magnifique et possède des richesses culturelles innombrables. Mais ce serait une tartufferie que de nier aussi qu’il existe une industrie du sexe en Thaïlande, prospérant, là bas comme ailleurs, sur la grande pauvreté et la misère sexuelle.


Le meilleur des combats socialistes est celui qui doit faire reculer la pauvreté et qui s’attache à dénoncer toutes les formes d’exploitation.

Je ne rejoins donc pas ceux qui désirent adresser une réaction officielle de la FFE à des propos « essentiellement » maladroits.


Amitiés socialistes


Boris

Varsovie

jeudi 8 octobre 2009

une nouvelle contrainte de gestion pour le réseau culturel : le contingentement des emplois dans les instituts




Une nouvelle contrainte de gestion pour les instituts culturels vient aujourd’hui d’apparaître, fruit d’une initiative parlementaire des Sénateurs Gouteyron et Charasse dans la loi de finance : Désormais un plafond d’emplois va s’appliquer aux ouvertures d’emploi des personnels de recrutement local exerçant dans les instituts culturels :

Une lecture hâtive de cette mesure pourrait laisser penser qu’elle est simplement motivée par la transparence budgétaire, celle réclamée par le parlement pour connaître le nombre précis des emplois publics dans le réseau diplomatique.

Or, la transparence n’apparaît ici que comme un prétexte à une mesure de gestion inutilement contraignante et qui renforce le déséquilibre de traitement existant entre les recrutés locaux des Ambassades et les recrutés locaux du réseau culturel :

Cette mesure est Inutilement contraignante car les emplois de recrutés locaux du réseau culturel ne sont pas des emplois publics, juridiquement parlant, et sont considérés comme des emplois d’opérateurs extérieurs du MAE. Cela signifie que le financement de ces emplois se fait par des ressources mixtes, subventions publiques et ressources «privées » des instituts culturels (recettes des cours de langue, mécénat). Mettre un plafond d’emploi pour l’embauche de recrutés locaux signifie qu’on pénalisera les instituts culturels qui développement leur activité en rendant plus difficile le recrutement, dans le cas, par exemple, où un établissement voudrait recruter de nouveaux enseignants en CDI pour faire face à une augmentation de la demande de cours de français. On encourage, ainsi la création d’emplois précaires, en poussant à recourir à des emplois de vacataires ou de prestataires de service, les emplois salariés de CDI devenant progressivement l’exception.

Cela signifie aussi, plus généralement, que l’autonomie de gestion des instituts culturels subit une nouvelle entorse, alors que ces établissements assurent déjà plus de 50% d’autofinancement par des recettes issues de leur activité.

Cela apparaît comme particulièrement paradoxal dans une période de Réforme institutionnelle où la direction du ministère des affaires étrangères et le ministre Kouchner voudraient autonomiser la gestion du réseau culturel en la confiant à un opérateur extérieur géré comme une agence commerciale. Cette mesure, au contraire, vient durcir le contrôle sur la gestion des établissements et fait reculer l’autonomie de fonctionnement de ces établissements.

Cette mesure accentue encore le déséquilibre de traitement dans le réseau diplomatique entre employés des Ambassades et agents employés dans le réseau culturel.

Les agents de recrutement local des Ambassades sont considérés comme des agents de droits publics. A ce titre, ils peuvent exiger des revalorisations de salaires qui sont traitées par une commission de l’Etat, la commission « cout vie »qui décide sur la base de l’évolution du cout de la vie dans un pays, de revaloriser les salaires en apportant le complément de subventions publiques nécessaire ; Même si la situation des employés des Ambassades n’est pas toujours satisfaisante en terme salarial, les possibilités de revalorisations salariales directes par l’Etat existent donc.

A l’inverse, les agents de recrutement local du réseau culturel ne relèvent pas de la commission cout vie car ils ne sont pas considérés comme agents publics par l’Etat ; Les mesures de revalorisations salariales par des aides publiques sont quasi-inexistantes, et c’est uniquement du développement des ressources privées d’un institut (en développant les cours ou augmentant le mécénat) que dépendent, éventuellement, de possibles revalorisations. Dans un contexte de crise pour le réseau culturel, les augmentations de salaires sont donc largement bloquées dans le réseau culturel, et à l’heure actuelle, dans au moins un poste diplomatique sur deux, on constate un gouffre salarial entre les employés du réseau culturel et ceux des Ambassades, cet écart salarial, à responsabilités égales, pouvant être de plus de 50% de salaire, du fait du blocage des salaires en instituts.

Insidieusement, en limitant le nombre d’emplois salariés dans le réseau culturel, le ministère espère peut être faire disparaître les écarts salariaux en pratiquant un malthusianisme d’emploi visant à limiter le nombre des employés du réseau culturel. Ne doutons pas que la doctrine gouvernementale d’un emploi public sur deux supprimé en cas de départ à la retraite sera bientôt appliquée dans le réseau culturel.

Cette mesure de plafonnement des emplois ne résout en rien le scandale social d’un réseau diplomatique qui a mis en œuvre une politique d’emploi à deux vitesses pour ses recrutés locaux. Elle est une énième mauvaise nouvelle pour un réseau culturel soumis à une politique programmé d’abandon et de démantèlement par l’Etat.

IL est troublant de constater qu’un sénateur Socialiste, Michel Charasse, ait pu être à l’origine d’une telle mesure anti-sociale que l’on peut assimiler à une inutile provocation dans un contexte de crise où les agents du réseau culturel se sentent abandonnés par l’Etat.

Amitiés

Boris

Varsovie

mardi 6 octobre 2009

Un lecteur ami écrit sur le blog - A propos des cumulards


Aujourd'hui je publie la réaction de Christian A. à l'article sur Gérard Collomb cité sur les pages de ce blog il y a quelques jours.


Monsieur Collomb de Lyon, dont tu parles dans le fil de ta ligne rouge (...) démontre (et justifie) avec un applomb confondant l'impérieuse nécessité d'un ancrage "dans les réalités locales" pour donner corps à un mandat représentatif national. Et de reconnaître dans la foulée un inexcusable absentéisme dans ces dernières fonctions auxquelles il concède une misérable journée d'un emploi du temps hebdomadaire surchargé, tout entier dédié à son "métier d'élu" !

Passe encore la cynique invocation de "réalités du terrain" qui, espérons-le, ne le conduisent pas à partager la triste conditions des travailleurs clandestins ni à vivre dans sa chair la misère laborieuse des travailleurs-pauvres, toutes populations qui ne constituent pas "le coeur de métier" du professionnel qu'il est, et n'émargent guère les registres électoraux du beau Lyon !

Il semblerait plutôt que l'agenda de M. Collomb soit davantage accaparé par des rencontres avec des "décideurs" sur des dossiers sérieux d'investissement et de construction. Mais M. Collomb répète à qui veut l'entendre qu'il faut savoir attirer l'investisseur et son argent pour qu'il y ait des retombées pour le petit peuple. C'est çà "son métier" et il l'assume avec franchise.

Mais cette théorisation du "professionalisme" du mandat politique Urbi et Orbi me semble davantage symptomatique d'une vacuité de la politique.
L'invocation de la politique comme métier, profession, job à plein temps ne laisse de m'indisposer...

Une activité qui concerne des types qualifiés, compétents pour ce boulot... Un métier réservé à de bons professionnels sachant recruter et manager leurs "collaborateurs"... Tout sauf un loisir d'amateur la politique ! Faut connaître le taf et "bien passer" auprès des décideurs qui mettent "de l'argent sur la table"... et plus il y a d'argent, plus il apparaît nécessaire d'évincer les songe-creux, les idéologues pétris de principes à la con. Du sérieux... du pro quoi !
On finira un jour par se demander s'il est bien raisonnable de voter pour élire des professionnels alors qu'il serait plus efficace de les recruter sur CV et entretien par une sorte de Conseil d'administration composé de gens-raisonnables-qui-ont-conscience-des-enjeux-et-réalités-du-terrain.

Plus la peine de croire à Gauche ou à Droite quand il y a consensus gestionnaire sur une aptitude professionnelle à l'exercice du métier de décideur local.
Pragmatisme, souplesse, réalisme, technicité... l'au-delà de la démocratie !
La prétendue "ligne claire" de M.Collomb de Lyon, c'est très exactement le brouillage de toute ligne politique claire par l'affirmation d'un au-delà démocratique fait de pragmatisme, de souplesse, de réalisme et de compétence technique.

Il ne m'étonne guère que, parvenu à ce degré d'éloignement des réalités "réelles" du terrain, celles qu'il n'est même plus capable de percevoir et d'accepter du haut de son job à plein temps, ce professionnel talentueux s'oppose frontalement à l'initiative de sa formation politique visant à restreindre ses prétentions cumulardes.

D'ailleurs le professionalisme de M. Collomb est parvenu à une telle plénitude qu'on se demande bien à quoi lui sert l'inscription dans une démarche partisane, si ce n'est pour arborer la rose à l'heure de la reconduction du job... quelques propos de campagne, des effets d'estrade et puis après... business as usual.
Voilà tout pour aujourd'hui, je te laisse et je reste dans l'attente de tes nouvelles, sauf à ce que tes nombreux cumuls te l'interdisent...

Quoi qu'il en soit je partage pleinement ton point de vue sur le lien entre montée en puissance des élus locaux et dépolitisation des enjeux électoraux. Bien qu'extérieur au parti, et ne voulant en aucun cas exacerber davantage ses querelles intestines, il me semble bien que Collomb et consorts s'accomodent bien de la situation présente. Je ne veux surtout pas dire par là que le mandat électif n'emporte pas de lourdes responsabilités et obligation de ne pas faire n'importe quoi. Mais il me semble tout de même que les barons et leurs féaux sont oublieux de leurs devoirs à l'égard de l'éthique de conviction. Car c'est bien là la base du fait politique, ce qui distingue politique et activité laborieuse.

La politique est -tout du moins devrait-t-elle être, sinon redevenir- un espace indéterminé, un champ libre, fondé sur le droit absolu à ce que les choses et les situations évoluent au gré de la volonté souveraine. La politique est la liberté purement humaine de faire en sorte que ce qui est aujourd'hui puisse ne plus être demain, que ce qui n'est pas encore puisse advenir par l'effet d'une volonté. Le travail, l'exercice des métiers et professions sont tout autres... C'est le règne de la nécessité et de la servitude à l'égard des "règles de l'art".
Je n'aime décidément pas ce professionalisme politique et cette soumission du métier à des règles de l'art... décidées par qui on sait au profit de qui on connaît.
Si Collomb en veut du taf de management local, qu'il le fasse et réduise son activité à son fief... mais de grâce qu'il cède la place au Parlement à celles et ceux qui ont la conviction que leur responsabilité est de changer les règles... des responsables politiques en somme, animés d'une éthique de responsabilité ET de conviction, critères cumulatifs sans lesquels le mandat politique dégénère en profession.
Christian A.

Pour le mandat unique dans un parti de militants





Le débat continue sur la limitation du cumul, alors que la consultation du premier octobre a montré que les militants PS étaient très favorables à avancer sur la question du non cumul.

Aujourd'hui je réponds à un camarade qui m'interpellait sur mon argumentaire en faveur du mandat unique en réponse à une interview de Gérard Collomb...


Cher Patrick,


Nous avons en effet déjà lancé ce débat sur le non cumul sur ce forum et pu échanger ensemble en confrontant nos points de vue.


C’est un débat crucial et je suis heureux aujourd’hui qu’il anime encore notre forum alors que les résultats de la consultation du premier octobre sont connus et ont exprimé un clair désir de changement pour aller vers une réduction des cumuls possibles.


Il n’est pourtant pas interdit aujourd’hui de vouloir avancer plus loin sur ce thème en clarifiant nos positions sur le thème du mandat unique, au moins à l’échelle fédérale. Le questionnaire du premier octobre a avancé de manière prudente sur la question de la limitation du cumul, ne l’appliquant pas aux régionales prochaines, et le limitant à l’interdiction de cumul entre une fonction de direction d’un exécutif local et une fonction parlementaire.

La direction du PS est prudente sur cette question de non cumul alors que le mandat unique a pourtant les faveurs majoritaires des militants. Evidemment, le fait que 80% des parlementaires soient en situation de cumul, comme le rappelle notre camarade Baptiste Ast de Bruxelles, n’est pas étranger à cette prudence de sioux. Mais ne pourrait-on pas proposer une motion fédérale de la FFE pour nous positionner politiquement sur le mandat unique, dès lors que cette option apparaitrait comme majoritaire dans nos rangs ? Je crois que l’audace nous est permise si l’on veut accompagner le mouvement de rénovation…et même sur certaines questions cruciales, le devancer.

Maintenant quelques précisions complémentaires pour continuer à enrichir le débat :

Je ne ferai de procès en insincérité à quiconque et dans le cas de Gérard Collomb, je respecte évidemment la franchise des réponses même si je n’adhère pas à la logique qui les sous tend. Gérard Collomb cherche simplement à justifier et reproduire le modèle qui l’a porté à exercer aujourd’hui 3 mandats (Sénateur, Président d’agglo et maire de Lyon). Une logique de progression de carrière, qui obligerait à passer nécessairement par la case territoriale avant de briguer un mandat national. Ce qui suppose, en contrepartie, une inscription dans la durée de la carrière d’un homme ou une femme politique et une professionnalisation autour du métier d’homme politique. Ce qui suppose encore un parti de type SFIO où ce sont les problématiques et les rapports de force locaux qui doivent gouverner notre organisation interne.

Je crois à une vision alternative de la politique, comme sacerdoce et non comme profession, qui s’incarne dans un parti de militants et de combat : Un modèle de parti plus participatif, plus divers dans son recrutement, et plus déterminé dans son projet politique national clairement positionné à gauche.

Un parti de militants suppose de limiter dans le temps le nombre de mandats successifs et de s’en tenir à l’exercice d’un mandat unique.

Dans un parti de militants, l’exercice d’un mandat ne doit d’ailleurs pas être une fin en soit. Si le parti jouait à plein son rôle de formation, de réflexion, et de proposition de mesures politiques pratiques de réformes, on éprouverait certainement moins le désir dévorant de se précipiter vers les mandats puisqu’il y aurait des manières alternatives de peser sur le réel et de participer au changement de l’ordre des choses. L’exercice d’un mandat pourrait être un passage, limité dans le temps, dans la vie d’un militant qui pourrait ensuite faire valoir l’expérience acquise en tant qu’élu sur le terrain des luttes sociales.

Car, dans ce parti d’action sociale et politique, démocratie sociale et démocratie politique seraient réunies afin de participer à la transformation sociale sur le terrain du réel. Cela supposerait une profonde « révolution »de notre tradition qui aujourd’hui sépare clairement le champ d’action syndical du terrain d’action politique depuis le congrès d’Amiens de 1906 :

Le Parti devrait donc imposer systématiquement, comme c’est d’ailleurs le cas théoriquement dans notre charte de principe, l’exercice du militantisme syndical (ou associatif) comme contrepartie du militantisme politique ; Etre présent dans le monde du travail sur le terrain des luttes sociales vaut à mon sens en terme d’expérience n’importe quel mandat territorial.

Ce qui se passe aujourd’hui avec le référendum sur la privatisation de la poste organisé notamment par les représentants syndicaux n’est il pas le plus beau des gestes politiques ? Qui permet d’aller à la rencontre des usagers, de débattre et aussi de proposer une évolution pour La Poste qui ne passerait pas par la privatisation. On aimerait être présent en tant que membres du PS sur ce terrain là.

Or, au PS aujourd’hui on ne sait comment utiliser les militants…

Dans notre parti, les militants semblent malheureusement souvent condamnés à jouer les lampistes ou les faire valoir dans un parti d’élus proche du fonctionnement de la SFIO (cad un parti qui ne sait pas réellement comment utiliser ses militants…) : avec cependant une différence majeure puisque la SFIO avait une structure de pouvoir central extrêmes légère se limitant à quelques permanent alors que le PS cumule aujourd’hui les désavantages de la SFIO avec ceux de l’extrême centralisation du pouvoir, ce qui n’est pas le moindre de ses paradoxes, et qui aboutit à tant de lourdeurs et de conservatismes.

La rénovation impulsée aujourd’hui par la direction de ce parti est donc un reflexe de survie élémentaire dans un parti qui est arrivé à la fin d’un cycle historique dans ses formes actuelles. Cette rénovation, nous militants, nous devons donc l’encourager et sur certains points, la devancer en réclamant encore plus d’audace.

Le dépassement de la séparation théorie/pratique se réalisera grâce à la diversification du recrutement du personnel politique…(et non par le cumul des fonctions nationales et territoriales)


Je crois que ce qui peut effrayer les contempteurs d’une vision trop théorique de la politique, dont tu es Patrick, c’est certainement le constat que le monde des parlementaires manque de diversité…Ce que l’on peut déplorer, en termes de visions politiques « déconnectées du terrain », est certainement lié aux ravages d’une sociologie parlementaire trop uniforme et qui ne reflète pas assez la diversité sociale. Si les hommes et femmes politiques ont tous, peu ou prou, le même parcours, s’ils proviennent tous des mêmes milieux sociologiques, on peut craindre en effet une certaine déconnection des « réalités » ou plus exactement de la complexité du social. Dans cette idée, le cumul de responsabilités territoriales et nationales ne peut rien pour rendre l’exercice des mandats plus pratiques si le moule de pensée, et j’entends par là le conditionnement du moule sociologique initial des hommes politiques, reste trop uniforme.

Ouvrons donc les portes du palais Bourbon aux syndicalistes, aux responsables associatifs, à davantage d’ouvriers et employés, cassons donc la logique cooptative de « la République des Notables » qui n’a pas foncièrement changé ses modes de recrutement depuis la 3eme république...Et l’on verra la séparation supposée entre « théoriciens et praticiens » s’estomper immédiatement. C’est la diversité sociale dans nos rangs qui sera le meilleur des gages qualitatifs pour des parlementaires sachant parler, agir, et réformer le « réel » avec efficacité.


A-t-on réellement tant de théoriciens que cela dans nos rangs ?



Je finirai par une pointe d’humour : Si le palais Bourbon ou le palais du Luxembourg comptaient réellement en son sein des théoriciens…des théoriciens du socialisme j’entends…cela se saurait.



Je crois qu’hormis quelques rares exceptions que l’on retrouve dans les cercles de pensées du PS comme la fondation Jean Jaurès par exemple, rares sont ceux qui sont aujourd’hui intéressés par les approches théoriques et réflexives.



Et pourtant…il y aurait tant à faire en terme théorique dans cette époque où « repenser le marxisme », et se doter d’outils théoriques pour terrasser le capitalo libéralisme triomphant, n’est en rien un luxe…théorique !



Mais j’ai été déjà trop long…



une rénovation est en marche. Et il faut choisir résolument le camp de l’espérance…en tentant d’être « l’avant-garde militante » de la rénovation de la pensée socialiste et d’une refondation du parti. Vaste et beau programme.



Amitiés socialistes et fraternelles



Boris

Varsovie