Chers camarades, Cher Marceau,
Je suis honoré de pouvoir débattre de ce sujet complexe de la laicité ici. Je ne souhaite pas, par conviction personnelle liée au respect des autres, tomber généralement dans la polémique en « mano à mano », et préfère me situer sur le terrain de l’échange d’idées, au risque d’avoir une parole parfois désincarnée.
Ton message d’aujourd’hui m’interpelle, Marceau, d’autant qu’il succède à un message que tu as adressé hier à Will et qui m’avait ému, car tu es de ceux qui parlent avec le cœur, au risque parfois de prendre des positions contestables, et si ton regard porté sur le monde musulman en France ne rejoint pas le mien, on ne peut le taxer toutefois d’insincérité.
Je te répondrai donc sur le mode de la sincérité, sur ton mode préférentiel si j’ose dire, car je ne me pose pas en « politicien » adepte d’une parole millimétrée et froide ou d’une parole surplombante et plombée, mais en citoyen capable de parler à égalité à un de ses camarades, dont il ne partage pas la conviction sur le thème du jour, mais qu’il sait appartenir à la même famille, celle des socialistes frères.
Je suis un enfant de l’école laïque, en effet, et j’ai pu y côtoyer nombre d’enfants issus de l’immigration, jeunes musulmans, garçons et filles, de la deuxième génération à l’histoire différente de la mienne. Natif du Gard, une terre d’immigration où se sont retrouvés côte à côte, pieds noirs déracinés, Harkis encasernés dans des foyers de travailleurs ou des cités dortoirs, algériens immigrés économiques devenus ouvriers agricoles, je sais ce que l’histoire française comporte de blessures et de plaies mal refermées. L’Algérie française en est une. Si je t’apprenais que mon arrière grand père y a travaillé comme fonctionnaire des eaux et forêts, que mon arrière grand-mère a gardé longtemps une pointe d’accent de Tiziouzou, que des oncles y ont servi les armes à la main pour une guerre honteuse qui n’osait même pas en porter le nom, est ce que ton regard changerait sur l’appréciation de mes propos ?
Le Gard, c’est des communautés parfois chauffées à blancs où la tentation de la ratonade anti musulmane existe, comme existe aussi la coexistence pacifique, le respect de l’autre dans sa différence dans le Gard des usines Rhodaniennes, comme dans le Gard Cévenol paysan.
Ouvrier qui sue dans la crasse des aciéries de la bordure du Rhône, Ouvrier agricole qui ploie l’échine pour ôter de la vigne son raisin, quelle est donc ta religion ou ta couleur de peau sinon celle, commune et universelle, de ceux qui partagent la même condition fraternelle d’homme exploité ? Est il important d’être chrétien ou musulman à l’heure du casse croute, quand l’ombre d’un arbre offre sa commune protection à Alli ou à Jean qui partagent des gamelles au contenu semblable ?
Plus tard, loin du Gard, le vie pleine de surprise m’a conduit à une expérience d’expatriation sur les terres multiculturelles de l’ile Maurice, où j’ai pu rencontrer des femmes et des hommes pratiquant leur foi, hindouiste, musulmane, chrétienne, dans une forme de liberté et de respect de l’autre qui cachait certes parfois de l’indifférence à la religion du voisin, mais qui était aussi souvent la marque d’une véritable tolérance à l’égard de son prochain.
Je te pose la question en m’adressant au cœur, mon cher Marceau, comme à la tête du socialiste authentique que tu es :
Est - il utile donc si utile d’être vieux pour comprendre le monde dans sa diversité religieuse ? Le fait d’avoir souffert les armes à la main en Algérie est il un gage de sagesse, donne t il une connaissance plus grande du monde musulman dès lors que l’Algérie française était un système colonial qui maintenait dans la minorité politique les algériens de culture musulmane et ne donnait donc à voir de l’islam que l’image soumise, ou révolté, d’un citoyen de deuxième ordre ? Il est des vieux sages comme des jeunes réfléchis, il est des jeunes cons comme des vieux désagréables…c’est la merveilleuse fraternité humaine que de les soumettre à la même horloge du temps, et au même destin de poussière.
Marceau, crois le ou non, il est des musulmans libres et heureux. Il est des femmes voilées qui choisissent le voile comme un acte de liberté, qui trouvent dans l’affirmation de leur foi, y compris par des interdits alimentaires pratiqués au quotidien ou sous un voile grillagé, une forme d’épanouissement que, nous, laïques, avons du mal à comprendre, mais que nous devons respecter au nom de la liberté de conscience.
Pourquoi toujours se référer à l’islam guerrier, celui du 12ème et 13ème siècle que tu évoques dans ton message, si l’on aime l’Histoire pourquoi ne pas parler ici, aussi, évoquer l’islam éclairé des Omeyyades de Cordoue, l’islam poétique et philosophique D’Averroès , ou tout simplement, et sans chercher plus loin que le coin de la rue de nos bonnes villes de France, l’islam « des bons pères de famille », celui des musulmans qui, ici dans l’hexagone, ne font de mal à personne, vivent paisiblement leur foi dans le silence de leur coeur, ces hommes musulmans qui ne voilent pas leur fille ni leur femme, ces femmes musulmanes qui choisissent « le mariage mixte » avec des « bons français de culture chrétienne » comme toi ou moi, Marceau, ces musulmans qui respectent le ramadan comme une pratique culturelle plus que cultuelle et ne font donc pas de la religion de l’Islam un acte guerrier contre la France mais simplement entretienne ainsi le souvenir de leurs racines et de leur histoire familiale…
En politique, je crois qu’on peut puiser en soi la vérité et la force de convaincre, en faisant de l’ histoire personnelle que l’on a vécu une lumière capable d’inspirer chacun de nos actes …mais quand « les blessures de la vérité » qu’on porte en soi nous emmènent sur la pente dangereuse de l’opprobre, de la peur, ou de la condamnation de l’autre, on prend alors le risque de ne plus être entendu. Mais les blessures de la vérité portent aussi en elle une sincérité et un pouvoir, celui « des feux mal éteints » de Guillaume Apollinaire, propre à faire vaciller les certitudes politiques les plus farouches.
Puissent donc nos deux vérités contraires se réconcilier dans l’échange démocratique sur ce forum où la parole est libre. Puissent nos deux lumières personnelles nous éclairer mutuellement.
Amitiés fraternelles
Boris
Varsovie
Cher Boris,
Tu donnes l'impression de vouloir museler le forum. Il ne s'agit pas d'échanges intempestifs mais d'échanges d'opinions qui me semblent non seulement louables
dans un système démocratique mais aussi indispensables pour mieux comprendre un sujet. Il ne s'agit pas non plus de religion comme tu veux le faire croire. C'est une fausse interprétation et la seule problématique qui est soulevées pour moi est celle de la sécurité et de l'application de la législation déjà en vigueur.
La manière politicienne dont tu décris la situation est très inquiétante car tu laisses entendre que certains, dont le polytraumatisé de l'Algérie et de la deuxième guerre mondiale sont des éradicateurs de l'Islam.
Je te renvoies à ton texte dans le deuxième paragraphe où tu cites: "ne demandant qu'à vivre paisiblement, et de manière privée, leur foi". Qui a attaqué leur foi et qui parle de vie privée? Ces femmes soumises à des machos remplis de complexes et pour certains inquiets de leur virilité, peuvent ajouter à la burka des draps, des sacs de couchage si ça leur fait plaisir. Elles sont comme tu le dis dans le privé et il n'est dans le sujet que question de lieux publics. La différence est essentielle.
Il n'y a d'anti-islamisme laïc que celui que tu attises mais tu es trop jeune pour comprendre. La logique du Cheval de Troie n'est pas une vue de l'esprit, c'est celle
de toute intention de gagner du terrain comme l'histoire le démontre et pas seulement chez les islamiques mais dans toutes les sectes dont nous sommes biens pourvus en occident. Il ne s'agit pas pas de victimiser, de rejetter, ni les musulmans, ni les autres.
Pourquoi ne pas être être honnète et sortir des phrases de leur contexte? Il faut 'admettre que chacun peut avoir son opinion même si c'est un polytraumatisé, ce que tu as eu de la chance de ne pas être, grace aux générations précédentes qui te permettent aujourd'hui de juger à l'emporte pièce et d'être dans une attitude de mépris.
Qui parle de mythe du complot islamiste généralisé et régénéré, de manière surprenante, dans nos rangs de militants a priori éclairés par les lumières de l'internationalisme, sinon toi... Pourquoi compares-tu ce qui n'est pas comparable. Est-ce qu'un Sikh ou un moine boudhiste se promènent dans la rue recouvert de la tête au pieds d'un voile impénétrable? Tu es sans doute un bon débatteur politique mais avec moi tu auras aussi un bon contradicteur sans que j'aie besoin de sortir des rails.
L'offense à la liberté est l'usage abusif des travestissements, de la volonté d'amener la pensée unique à son paroxisme et on sait où cela à conduit.
Je suppose que tu as eu une éducation laïc et c'est aussi grace à elle que tu n'es pas sous un régime totalitaire. Comment peux-tu agiter l'image de l'étoile jaune dans une comparaison avec une question de sécurité? L'attitude d'Israël vis-à-vis des territoires occupés t'inspire-t-elle? Peux-tu citer une phrase qui mette en cause le monde musulman que je suis certain de connaitre mieux que toi?
Si toi tu pardonnes, je ne suis pas de la même trempe. je ne pardonne pas ta manière politicienne et orientée de déformer mes propos et tu ferais d'appliquer à toi même les citations des Evangiles.
Tu as sans doute beaucoup à apprendre et c'est la seule excuse que je te trouve.
Marceau
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