jeudi 14 janvier 2010

une approche dépassionnée des chiffres des migrations




Pour apporter un complément à l’analyse remarquable de Cédric Fouilland, pour mieux saisir l’enjeu des flux migratoires, en dépassant le cadre de la pensée néo libérale comme nous y incite notre camarade, j’apporte ici une contribution chiffrée sur la mesure des flux migratoires pour poser la première pierre d’une approche raisonnée de l’immigration/

Car développer une politique migratoire apaisée et humaine à gauche, suppose de s’attaquer d’abord à un mythe politique tenace, véhiculé par l’extrême droite : le mythe de « l’invasion » des étrangers en France ou en Europe. La droite de gouvernement aujourd’hui utilise ce mythe, mais de façon détournée, en évoquant, implicitement, un « seuil de tolérance à l'étranger » ou en mettant en regard immigration et « identité nationale » (sic) sur le mode de l’étranger menaçant.

Le premier degré d’analyse distanciée des liens entre « mondialisation et immigration » doit être celui des réalités chiffrées : celle des chiffres des flux migratoires (en dynamique) et du nombre d’étrangers présents dans les sociétés d’accueil du monde entier (approche plus statique au sens économique).

Les flux migratoires se sont certes accélérés ces dernières décennies, ils convergent en partie vers l’Europe, mais une analyse chiffrée montre que les pays du Sud ont une capacité d’accueil supérieure à la notre et accueillent nettement plus d’étrangers sur leur sol. De quoi tordre le cou à une vision frileuse et guerrière de « l’Etranger » comme menace pour l’Europe.

*Immigration au niveau mondial en 2009 : un âge d’or ?

Les chiffres globaux (source : Atlas un monde à l'envers du monde diplomatique s'appuyant sur l'organisation internationale des migrations : www.iom.int) sont de 200 millions de migrants dans le monde environ aujourd'hui contre 120 millions en 1995 et 77 millions en 1965 soit une multiplication par 2.5 en quarante ans.

La population mondiale étant en 2009 de 6.7 milliards de personnes, les flux de migrants représentent 2.9% de la population mondiale. Or, si l’on compare cette proportion de migrants avec les chiffres du passé, on relativise très nettement l’impression d’une multiplication importante des flux migratoires qui représentaient déjà 2.3% de la population mondiale, portée à 3.3 milliards de personnes, dans les années 60, et 2.1% en 1995.

Par ailleurs, le chiffre de 200 millions de migrants en 2009 semble être une estimation haute ; Le chiffre de 175 millions est également fréquemment cité par les chercheurs, ce qui ramènerait à 2.6% de la population mondiale ayant migré en 2009.

C’est plus une stabilité des flux migratoires qu’il faut aujourd’hui constater en invalidant ainsi l’impression de désordre mondial ou de menace globale que représenteraient des flux apparemment massifs mais qui révèlent en fait une augmentation très modérée en quarante ans d’évolution.

Ces flux migratoires ne donnent aucun renseignement sur la sédentarisation des immigrants. Une analyse du panorama mondial des flux migratoires (http://www.fidh.org/IMG/pdf/Wihtol_monde_fr.pdf) montre que plus les frontières sont ouvertes moins la sédentarisation des immigrants est importante. Il parait donc en ce sens contre productif de vouloir fermer les frontières pour limiter la sédentarisation des migrants. Par ailleurs, celle-ci ne parait pas, en soi, pénalisante pour des sociétés d’accueil qui, souvent, ont des besoins démographiques nets, en raison du tassement des naissances notamment, ce qui est le cas dans une majorité de pays d’une Europe vieillissante.

* immigration, du Sud vers l’Europe ?

La lecture de cette analyse montre qu’il ne faut pas exagérer l’importance des mouvements migratoires du Sud vers le Nord.
http://questions-contemporaines.histoire-immigration.fr/sommaire/cartes/aujourdhui-un-systeme-migratoire-mondial.html

En effet, l’axe Sud - Sud, avec un important flux de l'Inde vers la péninsule arabique (10 millions d'immigrés attirés par le travail dans les pays producteurs de pétrole selon une chercheuse du cernam), est significatif même si la carte montre que l'essentiel des migrations continue, en valeur absolue, à se faire selon un axe Sud Nord.

Une analyse montre la liste des principaux pays ayant enregistré un solde migratoire positif entre 1990 et 2000. 6 pays sur 7 sont des pays du Nord, l'Europe a gagné 8 millions d'immigrés sur la période http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/13106/telechargement_fichier_fr_publi_pdf1_pes382.pdf

Si l’on prend une mesure en valeur relative, soit le solde migratoire par rapport à l'effectif de population du pays concerné, ce ne sont plus les pays du Nord qui ont le solde migratoire le plus important mais les pays du golfe (cf supra) qui peuvent compter jusqu'à 20% de population immigrée. En comparaison, la France compte 4 millions environ d’étrangers recensés, soit 6% d’étrangers sur son sol.

Voilà donc un argument de poids pour réfuter l’argumentation de droite d’une immigration massive vers l’Europe et la France. Certains pays du Sud ont donc sur leur sol une population étrangère plus de trois fois supérieure à ce qu’elle peut être en France.

Si l’on ne peut nier l’importance du phénomène migratoire, il convient donc de le relativiser en repositionnant l’importance des flux migratoires vers le Sud, en montrant qu’ils sont, en proportion, beaucoup plus massifs pour les pays d’accueil qui montrent là des capacités d’accueil nettement supérieures aux nôtres.

Amitiés socialistes

Boris
Le 13/01/10

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