
Cédric Fouilland (FFE - PS au Salvador) et moi même venons de lancer une initiative militante dans notre fédération socialiste pour rédiger une contribution sur le thème "mondialisation et immigration". Cette contribution collective sera le fruit de la synthèse des analyses et propositions des militants.
Aujourd'hui la ligne rouge publie l'analyse inaugurale de Cédric.
PLAIDOYER
A l'arbitraire du lieu de naissance, la liberté de déplacement est le naturel recours. Aux impasses vécues de "l'ici", les ouvertures promises "là-bas" peuvent sembler les seules solutions possibles. Malheureusement, force est de constater à quel point les migrations "heureuses" ne sont pas la norme, et la mesure dans laquelle les possibilités de se déplacer constituent aujourd'hui l'une des plus criantes inégalités entre les êtres humains.
La migration ne va en effet pas toujours de soi, que ce soit pour le migrant, pour sa famille, pour la population et le territoire qu'il quitte comme pour la population et le territoire qu'il rejoint. La migration peut être tout autant "subie" que "choisie" par le migrant, avant même que ces termes ne s'appliquent à l'immigration du point de vue de l'Etat de destination. La "fuite des cerveaux", et de manière plus préoccupante encore le départ massif d'hommes et de femmes au fait de leurs capacités économiques, peut mettre en péril le développement même des territoires d'émigration. L'intégration du migrant au sein de la population de destination n'est pas toujours facile, ni pour celui-là ni pour celle-ci.
Et pourtant la migration reste porteuse de promesses et de chances pour tous, notamment parce qu'elle concrétise à sa mesure le partage et l'échange entre les individus, les peuples, les nations.
Par le nombre de personnes qu'elle touche, la migration est véritablement un "sujet public", et doit être traitée comme tel par des politiques publiques appropriées. L'aspiration à un droit humain à se déplacer au sein et entre des pays ne peut raisonnablement se réaliser en dehors de cadres normatifs. Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, "c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit" (Henri Lacordaire).
Seulement, un grand nombre de dispositions publiques actuelles visant à "réguler" la migration aboutissent à des monstruosités pour toutes celles et ceux qui se réclament de l'humanisme, et plus particulièrement de la devise de la République française. On se retrouve avec une migration aux multiples vitesses, scandaleusement inégalitaire, et avec un traitement du migrant moins désiré propre à susciter une légitime indignation. Plus grave sans doute, le Nord se mure, physiquement comme culturellement, pendant que le Sud est cantonné, ouvrant la voie au désespoir d'une partie de sa population et, partant, à des extrémismes mortifères. Et pour achever le tableau, sur ce cortège funèbre s'étend de surcroit l'ombre de la xénophobie et du racisme, entretenue par les pompiers-pyromanes de la politique du caniveau.
Il est intéressant de relever ici à quel point la mondialisation néo-libérale échoue idéologiquement à apporter une réponse satisfaisante aux enjeux posés par la migration. En consacrant une inégalité de richesse toujours croissante entre individus et entre territoires, elle est la cause d'une grande part de la pression migratoire qui, par son aspect massif, encourage des mesures démesurément dures à l'égard de certains migrants, mesures dont les néo-libéraux semblent s'accomoder malgré la dérogation qu'elles constituent au principe du libre mouvement des capitaux, des biens et des services, et des personnes. Ce faisant, elle démontre par l'absurde (le refus hétérodoxe de la libre circulation des personnes) l'inanité sociale, environnementale, etc. de la libre circulation des capitaux, des biens et des services.
La social-démocratie européenne ne propose pas encore de réponses satisfaisantes aux défis posés par la migration (en l'occurrence, et de son point de vue, l'immigration "subie"). Elle se retrouve souvent coincée entre ses valeurs internationalistes et humanistes, et les difficultés que présentent, par leur degré et par leur nature, les migrations d'aujourd'hui. Très perméable, jusqu'à un passé récent, aux thèses néo-libérales, elle prend tout juste conscience de l'ampleur du travail et du temps qui seront nécessaires à la fondation de nouveaux modèles économiques et de développement, susceptibles, entre autres, de réduire la pression migratoire, et peine à imaginer les caractéristiques possibles d'une gestion migratoire de transition.
Le Parti Socialiste lui-même (voir Position du BN - immigration et situation des travailleurs sans papiers, 24/11/2009, en pièce jointe), s'il reste ferme sur ses principes, ne convainc qu'imparfaitement sur la pertinence des mesures qu'il propose, qui plus est avec peu d'écho.
L'initiative militante d'élaboration collective d'un texte de propositions politiques sur le thème "mondialisation et migration" se propose de participer à l'émergence d'une politique française et européenne de migration à la fois conforme à nos valeurs et adaptée aux réalités.
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